INTERVIEW : UGO CROUSILLAT, JOUEUR DU CERCLE DES NAGEURS DE MARSEILLE


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Ce week-end, se déroulait le second tour qualificatif de la Champions League. Marseille, dernier représentant en lice dans la plus prestigieuse des compétitions européennes après l’élimination de Montpellier au premier tour, se déplaçait en Croatie pour affronter : Primorje Rieka (Croatie – 3ème de la dernière Champions League), Mladost Zagreb (Croatie), Jadran Herceg Novi (Montenegro)

Malgré de grandes ambitions, le CNM a perdu ses trois matchs et est ainsi éliminé de toute compétition européenne.

À cette occasion, Ugo Crousillat, joueur du Cercle des Nageurs de Marseille a accepté de répondre à nos questions sur la prestation de son équipe et en profite pour nous donner sa vision du water-polo en France.

RETOUR SUR LE PARCOURS DE CE JOUEUR AU PALMARES DÉJÀ BIEN GARNI !

Fils de Marc Crousillat, joueur emblématique de l’équipe de France et du Cercle des Nageurs de Marseille dans les années 80-90, Ugo Crousillat a suivi toute sa formation au Cercle avant de signer son premier contrat pro à 17 ans. Il reste 4 saisons dans son club formateur lors desquelles il remporte 4 titres de Champion de France et 3 Coupes de France.

Alors joueur clé du club et membre confirmé de l’équipe de France, Ugo est transféré à Budva au Montenegro pour disputer l’un des championnat les plus relevés : la Ligue Adriatique qui regroupe le Monténégro, la Croatie et la Slovénie.

Un défi de taille qu’il remporte aisément en terminant 3ème meilleur buteur du championnat dès sa première saison. Il est alors sollicité par la fédération monténégrine pour devenir membre de l’équipe nationale. C’est ainsi qu’il devient vice-champion du Monde en 2013 à Barcelone avec le Monténégro.

Après cette saison, il part évoluer en Italie à Brescia où pour cause du quota de joueurs étrangers déjà atteint, il ne dispute que les matchs de Ligue des Champions.

Séduit par le projet et l’ambition du club de Marseille, il revient cet été dans son club de cœur et s’apprête à retrouver l’équipe de France dès janvier 2015.

À 23 ans, il lui reste encore de nombreuses pages à écrire!

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INTERVIEW

Le CNM avait l’ambition de franchir ce second tour de qualifications. Comment analysez-vous cette élimination?

C’est une très grosse déception, car si Primorje Rieka était clairement supérieur (défaite 17-8), il y avait tout de même la place pour se qualifier.

J’étais confiant avant de disputer ces matchs et je pense encore aujourd’hui malgré la défaite que nous sommes supérieurs sur le papier à Mladost Zagreb (défaite 11-10) et à Jadran Herceg Novi (défaite 9-6).

Seulement, le papier ne fait pas tout et nous avons échoué. Nous pouvons expliquer cela par un manque d’automatismes lié à l’arrivée de 5 nouveaux joueurs cet été mais en réalité nous n’avons aucune excuse.

Face à Mladost, nous menions 5-2, puis 7-4 et 10-9 à une minute de la fin du match. Malgré un arbitrage « maison », nous aurions du savoir gérer cette avance.

Le match contre Jadran Herceg Novi est différent. Ils étaient très bien organisés et malgré une équipe très jeune ils ont montré beaucoup d’envie. Je crois qu’ils avaient plus faim de victoire que nous.

Montpellier, éliminé au premier tour de la Champions League est basculé en Euro Cup alors que vous qui êtes parvenus au second tour êtes éliminés de toute compétition européenne. Comment est-ce possible ?

C’est tout simplement incohérent et révélateur d’un problème majeur des tableaux de composition des coupes d’Europe. Cette organisation n’encourage pas à se battre pour la qualification et l’on voit des dérives aujourd’hui où certains clubs perdent volontairement au premier tour pour basculer directement en Euro Cup. C’est absurde mais c’est ainsi.

L’élimination de Montpellier et Marseille dans la Champions League est assez révélatrice du fossé qui existe entre le water-polo français et nos voisins européens. Quelle est votre analyse sur la question ?

Je ne crois pas que le fossé soit si grand avec les nations majeures. En termes de budget ou de nombre de licenciés, la France est bien lotie. À titre de comparaison, les budgets au Monténégro
sont plutôt inférieurs à la France. Nous nous entrainons autant que les meilleurs clubs et avons des bons coachs, seulement le water-polo est réellement encré dans la culture des pays de l’Est.

Quand en France, un jeune de 7 à 10 ans recherche un sport, il va d’abord se tourner vers le foot, le basket, le tennis, ou le judo… À l’inverse, dans les pays de l’est, de nombreux jeunes sont très tôt orientés vers le water-polo. En plus de cela, de nombreux matchs sont retransmis à la télévision.

Je crois aussi qu’on nourrit un complexe d’infériorité qui n’a pas lieu d’être. Lorsque l’on joue contre les Serbes, ou les Croates, c’est inconscient mais nous avons l’impression que nous allons devoir franchir une montagne. À nous de progresser mentalement.

Malgré une campagne intéressante des équipes de France féminine et masculine lors du dernier championnat d’Europe, le Water-Polo reste relativement méconnu en France et peu relayé médiatiquement. Quels sont les leviers pour encourager la pratique et la connaissance de ce sport ?

Il faut cesser de se plaindre, les clubs pourront mettre en place tout un tas de chose, la médiatisation et le soutien populaire autour du water-polo ne passera que par des succès de l’Equipe de France.

Un classement dans le top 8 européen, une qualification pour les JO… et je suis sûr que les médias s’intéresseront à nous. Sans cela, ce sera difficile.

Et à Marseille, nous avons la chance d’être suivi par le quotidien local La Provence.

Des clubs comme Strasbourg, Montpellier ou Aix en Provence sont aussi très actifs et font de nombreux efforts pour faire connaître la discipline.

À quelques jours de la reprise de la Pro A, Marseille apparait une nouvelle fois comme l’un des favoris au titre suprême. Quels sont les objectifs du club ?

Notre objectif est évidemment de reconquérir le titre de Champion de France qui est actuellement détenu par Montpellier.

Ces dernières saisons, l’effectif était très jeune et le recrutement mené cet été a vu l’arrivée de 5 joueurs de haut niveau. Nous nous devons d’être plus exigeants et quelque part, il y a désormais obligation de résultat.

Le championnat 2014/2015 est marqué par l’application de la réglementation concernant la taille des bassins officiels. Cela bouleverse la vie de certains clubs qui sont contraints de s’exporter pour leur matchs à domicile quand d’autres, faute de solutions ont du être relégués dans des divisions inférieures. Qu’en pensez-vous ?

Bien que cela soit désolant pour certains clubs, je crois qu’il est indispensable de se mettre aux normes internationales. Le water-polo se joue dans un bassin de 30 m, point.

Quand à l’étranger les joueurs apprennent que nous jouons dans un bassin de 25 mètres, ils se moquent de nous. Pour faire progresser le water-polo français, il nous faut avoir un plus haut niveau d’exigence et cela passe par l’application de la réglementation.

Un dernier mot pour conclure ?

Il est dommage qu’une grande ville comme Lyon ne bénéficie pas d’un grand club. J’espère sincèrement que la ville reviendra un jour dans l’élite du water-polo. Passez un coup de fil à Aulas !